Le vendredi 10 juin 2011, au cours d’une nouvelle conférence au 28 bis, Pascal Pujol nous donnait rendez-vous pour évoquer avec bonheur le parcours humain et artistique d’une merveilleuse intruse de nos vies : Barbara.
Interroger son inscription manifeste au panthéon de la culture homosexuelle et au patrimoine de la chanson française, telle fut la démarche de Pascal, au gré de l’écoute intégrale d’une dizaine de chansons extraites des spectacles emblématiques de l’ Olympia 78, de Pantin 81 et du Châtelet 87.
Le sillon d’un mythe familier exige de celui qui l’emprunte plus que le respect, la fidélité et la dévotion qu’il ne cesse d’inspirer à tant d’entre nous. S’imposait, alors, à Pascal une tâche ardue et, au final, pleinement accomplie : tenter de traduire le mouvement impérieux qui mène de soi (de lui, de nous) à Barbara et dévoiler l’intime d’une femme qui fut mystérieuse jusque dans la lumière et s’abandonna jusqu’à la pointe de l’impudeur.
Attraction singulière d’une pianiste-chantante par vocation et poétesse sans le vouloir, d’un personnage lyrique hanté par le noir et la nuit d’une enfance meurtrie, d’une femme que les brûlures et les morsures de l’âme rendirent follement exigeante, vulnérable et fraternelle. Attraction naturelle d’une amoureuse des mots simples et incandescents, des mélodies à l’atmosphère parfois légère, enfantine ou mutine, souvent douloureuse et marquée par le sceau du regret.
C’est à 18 ans, l’âge de tous les possibles, que Pascal découvrit qu’il était une voix : Barbara. Dès lors, comme pour les plus émerveillés, elle accompagna ses jours, il n’écouta qu’elle. Comme à tant d’autres, elle lui fut populaire sans jamais se renier, classique et familière sans jamais se figer, prêtresse de grands messes pour un art mineur, la chanson, qu’elle servit jusqu’à l’ivresse.
Il aima ses combats pour la tolérance et la vie coûte que coûte et vaille que vaille; car elle aimait les roses qui disent l’amour et ses griffures, les enfants et la jeunesse à protéger du mal de vivre et du mal aimer, la route que l’on trace vers des naufrages ou des rivages, l’automne à pas craquants ou qui frissonne au creux des reins, ces mains, ce cou, ce cœur qu’elle offrit à son piano, à l’amour, à la vie à la mort.
Il n’est pas étonnant pour beaucoup – et notamment pour les homosexuels et les lesbiennes, qui savent la difficulté de vivre la différence – qu’elle soit devenue une parole résiliente et réparatrice pour ceux qui souffrent et qui espèrent, à force d’être cette ardente rebelle à toute forme d’exclusion, cette inlassable aspirante au droit universel à la singularité.
Beaucoup d’artistes sont venus aussi se réchauffer au feu de Barbara qui reprit, elle, le flambeau de la chanson réaliste, mais peu ont emprunté sa voie, parce qu’elle est à nous et n’appartient qu’à elle. Elle fut notre miroir, nous étions son destin.
Alors, merci, Pascal, d’avoir si bien parlé d’elle, de toi, de nous car c’est dans le va-et-vient entre le « je » égotique et le « tu » amoureux que sont nés, un jour, un « vous » passionnel entre Barbara et « son » public, et un nous qui est « nôtre » et « sien », un et indivisible.
Après tes confidences sur une belle personne, nous nous sommes retrouvés, autour d’un repas très amical, à dire deux ou trois choses que nous savions d’elle et qui ne peuvent se garder pour soi…
Anne Poussard, une adhérente
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