Jeune fille à la fois sensible, discrète et déterminée, Cindy Le Moal aspire, à 25 ans, à une vie stable et tranquille – « hors milieu » - avec Valérie, après une enfance plus que tourmentée. Persuadée que sa vie n’a aucun intérêt à être racontée, craignant qu’on croie qu’elle veuille se faire plaindre, elle a hésité à se confier.
Toujours élégamment vêtue et maquillée avec goût, Cindy est le type même de jeune femme qui fait se retourner les hommes dans la rue. Peine perdue. Cindy, ce sont les filles qu’elle préfère. Une attirance, affirme-t-elle, découverte à la maternelle lorsqu’un de ses camarades de classe lui a expliqué que deux femmes pouvaient se marier ensemble. « Je vais me marier avec Magali » se souvient de lui avoir répondu Cindy.
Bien sûr, pendant l’adolescence, elle flirte avec des garçons « pour faire comme tout le monde ». Mais à 17 ans, elle décide qu’elle est lesbienne, l’annonce à sa mère – qui pense alors que ça ne durera pas – et à quelques amies, sans pour autant passer à l’acte. Il faudra attendre pour cela sa rencontre avec Sandra, « même âge que moi et dans la même galère ». Trois ans de vie commune chaotique, avec, à l’issue, une séparation que Cindy vivra très douloureusement : « Tu ne sais plus marcher, tu ne sais plus rien faire ». Le bonheur viendra de gayvox, un site d’information et de rencontres gay et lesbiennes. Dans ses nombreux contacts, Valérie était la seule à ne pas avoir de photo sur son profil. Cindy l’imaginait comme une grande black. Jusqu’à une rencontre, pendant Les Tombées de la Nuit à Rennes, organisée via sms et à laquelle Cindy arrivera avec trente minutes d’avance et Valérie avec autant de retard, grande, mais blanche.
Famille d’accueil. Après des passages par Paris et Lyon (« Merci la carte 12-25 »), les deux jeunes femmes qui vivent ensemble « depuis le 31 décembre 2007 » viennent s’installer dans l’agglomération d’Orléans où Valérie a été mutée. Elles habitent désormais une petite maisonnette. Une tranquillité et une stabilité à laquelle Cindy aspire depuis longtemps. Un désir sans aucun doute hérité d’une enfance particulièrement mouvementée.
La mère de Cindy a 19 ans quand elle met au monde sa première fille. Son père en a 21. « Le plus beau mec du quartier de la ZUP Sud de Rennes ». « Le Blosne » comme on dit là-bas. Un mec macho et tatoué, « chemise, jean et mocassins blancs », qui, au début des années 80 faisait se pâmer d’envie les adolescentes. Mais très vite, la vie du jeune couple se délite. Ponctuée par les dépressions et les tentatives de suicide de sa mère. Une fois, Cindy, à l’âge de 6 ans, la sauvera d’une mort certaine, traversant la Zup en courant pour prévenir sa tante qui alertera les secours. Au bout du compte, après que son père eut quitté le domicile familial, Cindy et sa jeune sœur se retrouveront en famille d’accueil, à Saint-Malo pendant quelques mois, puis à Redon, durant huit années. « C’était la première fois que je voyais une grande grande maison avec un grand grand jardin » se souvient aujourd’hui la jeune fille. La famille, catholique pratiquante, a déjà cinq enfants adoptés (deux Réunionnais, un Malgache et deux Guatémaltèques) et un enfant trisomique placé là, lui aussi, comme Cindy et sa sœur, par un juge des enfants. « C’est elle qui m’a élevé » dit laconiquement Cindy à l’évocation de cette période, avec, derrière ces mots, on le perçoit, de très douloureux non-dits.
Un enfant. Cindy aurait voulu être comédienne de théâtre. Elle en a d’ailleurs fait pendant presque trois ans à l’Arkiane Théâtre de Redon. Déterminée, elle se renseigne pour intégrer le Théâtre national de Marseille. « Mais il me fallait un appartement là-bas. Et ca n’était pas la DDASS qui aller me le payer ». Nouvel échec quand, quelques années plus tard, alors qu’elle est retournée vivre avec sa mère et son nouveau mari, elle croit un temps pouvoir accéder à une classe préparatoire pour devenir technicienne de spectacle. Le coût de la formation – 30 000 francs à l’époque – sera à nouveau rédhibitoire. « J’ai été très malheureuse pendant des semaines » se souvient Cindy. Elle intégrera finalement la faculté de Ker Lann à Bruz pour y apprendre les métiers de l’hôtellerie. Aujourd’hui serveuse dans un hôtel–restaurant de l’agglomération d’Orléans, Cindy a définitivement abandonné son rêve d’enfance : « Le théâtre, c’est pas comme le vélo, si tu ne pratiques pas, tu oublies ». « Je veux un bon boulot et une grande maison avec Valérie ». Et aussi, peut-être, un enfant, ou deux même. « Une enfant chacune avec un père commun ». Avec, dans ce désir, la volonté de recréer une lignée plus stable que son ascendance. « Pour laisser une trace de moi ». Et, à l’instar du Candide de Voltaire, aller cultiver son jardin.
photos Yannick Destaillats
Ses auteur préférés : Voltaire et Jean Cocteau
Son film préféré : High Art de Lisa Cholodenko (1999)
Son plat préféré : la moussaka
Quand elle sort : chez des amis.





